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Article
de la Revue « chanter »
de
l'Alliance des Chorales du Québec |
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| Le
Devoir 2006 |
Guide
ressources 2005
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Article
no 1 de la revue « Chanter » de l'Alliance
des Chorales du Québec
Souffle, Son, Vibration
(Printemps 2000) |
| Tels
sont en effet les paramètres selon lesquels
je travaille et qui me guident sur le chemin
d'une démarche individuelle, professionnelle
et vocale toujours plus consciente et plus profonde.
J'ai, de plus, le privilège d'enseigner
à un nombre croissant d'individus qui
pour des raisons personnelles et professionnelles
choisissent ce mode singulier d'apprentissage.
Leur évolution constante et concrète
m'a incitée à chercher à
toujours mieux comprendre et maîtriser
pour moi et dans cet enseignement la nature
véritable de la voix telle que véhiculée
par chacun.
Commençons
par le début.
Qu'est-ce
qui fait que le souffle, universel dans sa nature,
puisse se manifester de façons aussi
diverses et disparates dans chaque être
humain ? Quel rapport y a-t-il entre le souffle
et la respiration ?
Loin
de prétendre ici à une explication
exhaustive en réponse à ces questions,
j'aimerais tout de même explorer avec
vous quelques points saillants de mes recherches
de plusieurs années. Nous sommes tous
tributaires du souffle et pourtant chacun de
nous s'en sert de façon si diverse que
respirer devient presqu'aussi varié qu'il
y a d'êtres humains sur terre.
Chacun,
en effet, selon ses expériences de vie,
depuis les traumatismes de naissance ou autres
" accidents " de parcours bloque le
souffle à divers endroits dans le corps,
pour se protéger, sans même y penser
au moment de l'événement. Je constate
toutefois qu'à chaque personne ce blocage
engendre un ensemble de difficultés qui
éventuellement guide les gens vers cette
démarche d'ordre " initiatique "
(dans le sens de revenir au début, à
la source).
Dans
un premier temps, mon travail consiste à
les aider à faire basculer intérieurement
cette énergie-souffle logée dans
le haut du schéma corporel vers le centre,
dans le ventre.Bien qu'éprouvante et
parfois même douloureuse, l'expérience
physiologique de cette masse énergétique
qui se " décroche " par usure
et fatigue des tensions musculaires et vient
se loger dans le centre, provoque une sensation
de bien-être que tous se réjouissent
d'avoir expérimenté.
Je
citerai volontiers Bernard Besret qui fait écho
aux paroles de K. Dürkheim ; " nous
sommes de plus en plus nombreux à passer
de l'expérience du corps que l'on a,
que l'on possède comme une chose et que
l'on traite comme un objet, à la perception
du corps que l'on est, et que l'on peut devenir
toujours plus , jusqu'à la plénitude
d'un être transfiguré par le souffle
qui l'habite. " " Glissement subtil
pour chacun d'entre nous dans la perception
qu'il a de soi et qui aboutit à la conscience
de l'unité profonde de l'être humain.
Ce parcours, une fois accompli, est irréversible.
"
Telle
mon empreinte digitale, ma voix est personnelle,
unique, identifiable. Elle est à la fois
le symptôme et l'instrument de mon évolution
intérieure.Ma voix est un merveilleux
miroir de ce que je suis dans le moment présent,
de ce que j'aurais pu être, et de ce que
je peux devenir ! Outil unique qui ne peut tromper
personne.
Par
le biais de ma voix, je peux ré-écrire
mon histoire, en observant l'accumulation des
tensions à travers mes actions et je
peux, en usant ce monde de tensions, ouvrir
la porte à une nouvelle soufflerie. Nous
sommes souvent éduqués dans l'anxiété,
ce qui amène beaucoup de tensions au
niveau dorsal, cervical et mental. La prise
de conscience de ce mode de fonctionnement peut
me donner le goût et le désir de
changer.
Si
c'est ce que je choisis, je dois d'abord retrouver
mes fondations, remettre mon " centre ",
mon hara sur mes jambes, pour ensuite retrouver
ma verticalité.
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| Murielle
Matteau
Professeur de voix et de chant
Référence
: Bernard Besret « Manifeste pour une
renaissance » |
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Article
no 2 de la revue « Chanter » de l'Alliance
des Chorales du Québec
Souffle-Son
: la pratique (Automne 2000)
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Après
ses études à l'Université
Laval, où elle obtient un diplôme
en pédagogie musicale, Murielle Matteau
poursuit à Montréal ses études
en musique, en voix et chant et en art dramatique
avec des professeurs de réputation internationale.
Elle dirige l'Ensemble vocal Musica Viva de
1974 à 1979 et des chorales d'enfants.
Elle est soliste lors de la création
de la Petite suite québécoise
deMarie Bernard (1979) et instructeur national
du Mouvement choral canadien (1974-1984). Elle
chante à l'Opérette les rôles
de Germaine (Cloches de Corneville de R. Planquette),
de Zénobie (Ciboulette de R. Hahn) et
de Zita (Chanson gitane, M. Yvain) ; elle est
membre du Chœur de l'Opéra de Montréal
de 1986 à 1997 et du Chœur professionnel
de l'OSM de1995 à 1998.
Murielle Matteau poursuit sa carrière
de soliste et est professeur de voix et de chant.
Elle anime des stages d'expression et de voix
au Canada et aux États-Unis.
Lors
de la dernière parution de la revue Chanter,
Avril 2000, l'article intitulé "
Souffle, Son, Vibration ", le premier d'une
série de quatre, signé Murielle
Matteau, vous offrait l'occasion d'une introduction
à mon expérience singulière
de la voix et de l'enseignement qui en découle.
Dans ce second article j'aborderai avec vous
l'aspect humain et libérateur de l'enseignement
par son impact sur le souffle et la voix.
Louise, 50 ans, travaille pour une entreprise
et vit dans une petite ville de Nord Ouest québécois
avec son mari et ses 2 enfants. Elle fait aussi
de la révision de texte pour un écrivain
de la région où elle habite.Il
y a quelques années elle est impliquée
dans un accident de la route dont elle sort
vivante miraculeusement. À cause d'une
fracture du crâne qui laisse le cerveau
partiellement exposé, elle doit porter
un casque protecteur pendant 1 an et demi. Après
cette période, bien que tout à
fait remise sur pied et ayant repris le travail,
Louise ressent presqu'en permanence des douleurs
musculaires à la poitrine, aux bras et
aux jambes, et des maux de tête tels que
la plupart du temps elle doit se reposer quelques
heures voire même plusieurs jours de suite.
Sa voix de relativement aiguë et tendue
qu'elle était avant l'accident est devenue
occasionnellement stridente et son débit
rapide et saccadé reflète une
tension intérieure épuisante.
Lorsque je lui parle du travail Souffle-Son,
sans s'attarder au pourquoi et au comment, elle
s'engage dans quelques séances individuelles
et par la suite dans 3 stages à 6 mois
d'intervalle entre chacun.
À l'aide d'exercices précis de
respiration, d'étirement adaptés
à elle et favorisant une bascule intérieure
vers un souffle profond et une structure corporelle
plus détendue, Louise constate alors
jusqu'à quel point elle ne respirait
pas. En fait son corps n'était que nœuds
et tensions.
Ses premières séances sont une
occasion pour elle de reprendre espoir dans
sa capacité de retrouver un bien-être
qu'elle ne croyait plus possible. Bien qu'éprouvante
physiquement, chaque séance lui procure
un tel bienfait de détente musculaire
et psychique qu'elle devient bientôt par
elle-même une pratiquante quotidienne
des exercices que je lui propose.
Déjà, lorsque nous voyons Louise
arriver à son 2e stage, elle est presque
méconnaissable tant son visage est décontracté
et sa voix, qui se pose un peu plus bas a un
débit incomparablement plus calme. Elle
nous fait part alors des commentaires de ses
proches qui même s'ils la voient tous
les jours constatent avec bonheur les changements
chez Louise.
Robert
" travaille " son chant depuis des
années avec divers professeurs. Bien
qu'amoureux de la voix et bon musicien, il a
perdu le plaisir qui l'animait. Il entreprend
à chaque fois qu'il chante un long parcours
à obstacles dont il sort découragé,
amoindri. Robert est affligé d'un problème
structurel de la cage thoracique engendré
par l'asthme et éprouve des tensions
extrêmes au niveau des vertèbres
cervicales.
Lorsqu'il
entreprend le travail Souffle-Son avec moi,
dès les premiers cours, une évidence
se fait jour. Robert chante ténor depuis
des années au prix d'efforts considérables
qui alimentent des tensions physiques et psychiques.
La cage thoracique est congestionnée,
la respiration courte et très haute dans
le corps, le son est étriqué ;en
somme sa voix, telle qu'il s'en sert, lui fait
mal.
Pour
l'aider, je lui propose des exercices qui solidifient
la base de son schéma corporel : les
jambes et le bassin. Puis graduellement d'autres
qui lui permettent d'ouvrir la cage thoracique
et de dégager les vertèbres cervicales.
Cela, bien entendu, se fait dans le plus grand
respect de son intégrité physique
tout en étant très exigeant physiologiquement.
Il chante plus grave et son répertoire
doit être choisi en fonction de cet instrument
redécouvert. Il devra s'appliquer désormais
à amplifier un souffle profond et accepter
d'entendre et de développer une voix
plus grave. Le travail très physique
de libération du Souffle et des tensions
est à la fois très éprouvant
et très joyeux. À chaque leçon
Robert redécouvre le plaisir de chanter
avec l'assurance qu'il est maintenant sur la
bonne voie…voix. Non seulement son répertoire
change, mais son corps et son souffle se libèrent
au profit d'une assurance et d'un plaisir toujours
renouvelés.
Les épisodes-asthme se font de plus en
plus rares et il a acquis une telle maîtrise
de son souffle intégré à
sa globalité physique et psychique que
lorsqu'ils se produisent à l'occasion
il n'en éprouve aucune inquiétude
et retrouve naturellement une respiration plus
calme.
Que
nous apprennent Louise et Robert ?
Sans
tenter une énumération exhaustive
des multiples aspects et diverses applications
de cette approche à la fois simple et
profonde, voici quelques réflexions que
nous inspirent les expériences qu'ont
vécu ces deux personnes.
" Détends-toi " : Intimer à
Louise, pendant un épisode de maux de
tête ou à Robert alors qu'il interprétait
un air de se détendre ne pouvait avoir
aucun sens pour eux. Des mots dont la réalité
physiologique ne pouvait que leur échapper.
Il leur était indispensable par le biais
du regard et de l'écoute acceptante d'un
praticien expérimenté de la méthode
Souffle-Son de faire l'expérience de
la détente. À l'aide de l'outil
que constitue un ensemble d'exercices à
la mesure de chaque individu le corps et le
souffle sont mis en situation de découvrir
la détente par eux-mêmes.
La
tension… source de détente. Ce
qui semble paradoxal naît en fait de l'évidence.
L'individu est guidé dans le sens de
ses tensions exacerbées pour que, par
l'épreuve de l'exercice le corps et le
souffle prennent le relais lorsque l'ancien
système de tension relâche son
emprise, à bout de force. Le souffle
peut alors basculer intérieurement et
permettre au corps d'expérimenter un
juste tonus, celui qu'il n'aurait jamais dû
quitter. Un nouveau chemin se présente
alors au pratiquant.
La voix témoin ; La voix de chacun, témoin
ultime et infaillible indique au pratiquant
et à l'accompagnateur ce qui se passe.
Ce qui fait la force et la justesse de ce travail
c'est la voix sur le chemin de la reconstruction
et de l'harmonisation en accord avec l'ensemble
de la personne. Redécouvrir le corps
source de soutien dans l'assurance d'un bien-être
toujours grandissant. Se redonner espoir et
confiance quelque soit la situation que nous
vivons.
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| Murielle
Matteau |
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Article
no 3 de la revue « Chanter » de l'Alliance
des Chorales du Québec
L'éveil du mouvement
intérieur (Noël 2000) |
Dans
les articles précédents (Souffle,
Son, Vibration et Souffle-Son : la pratique),
nous avons abordé le travail de la voix
par le biais de sa description et de ses multiples
applications tangibles, perceptibles entre autres
dans ses manifestations extérieures.
Nous aborderons, dans ce troisième article,
un aspect rarement touché lorsqu'il est
question de la voix et qui néanmoins
nous apparaît fondamental : Le mouvement
intérieur. Certains diront peut-être
qu'intangible cette dimension du Souffle et
de la voix leur semble sans grand intérêt.
D'autre affirment que cette dimension est sous-entendue
dans tout le travail de la voix et qu'il est
donc inutile d'en parler. Pour ma part, l'expérience
de la méthode Option-Voix me permet de
percevoir dans ce mouvement intérieur,
l'essence même de toute notre démarche
; celle qui alimentera les dimensions plus visibles
du travail.
Jacques,
un jeune retraité de l'enseignement universitaire
de haut niveau a commencé le travail
de la voix avec moi il y a deux ans. Pianiste
amateur et chanteur à l'occasion, il
désirait à l'époque retrouver
par la voix un mode d'expression plus profond,
plus près de lui-même, plus authentique.
Bien qu'habile à lire une partition musicale
et tout à fait capable de chanter des
airs populaire, folklorique ou classique, il
n'arrivait pas à chanter juste (i.e.
sur la note). Même avec un accompagnement
musical, il fléchissait tout au long
de l'air et terminait un ou deux tons plus bas
qu'au départ. À l'aide d'exercices
précis, dans le cadre du travail individuel
régulier et des stages auxquels il a
participé, j'ai compris la dynamique
de Jacques. Le corps était comme un accordéon
replié, ne permettant pas à l'air
de circuler librement et ainsi de soutenir la
ligne musicale. Il fallait alors l'aider à
se déplier, retrouver une tension juste
et habiter l'espace ainsi découvert par
un souffle vivant et soutenu. Se prenant lui-même
au jeu de cette recherche intérieure,
son désir de justesse grandissait au
fur et à mesure de son évolution
dans le travail. D'une pièce musicale
à l'autre, il en est venu à chanter
tout un air " juste " sur la note
et dans un rapport juste à lui-même,
et à comprendre comment y arriver si
le corps se repliait. Il est apparu évident
que s'est amorcée en lui un mouvement
intérieur d'action relié à
son souffle qui, dans ce cas, s'exprimait par
le chant et qu'il a compris comment le maintenir
vivant tout au long d'un air ; et éventuellement
dans d'autres circonstances de sa vie. L'autonomie
était née.
Il
y a six mois, une élève vivant
de grosses difficultés d'émissions
vocales, m'est référée
par un autre élève. Grâce
à des exercices précis et rigoureux
pour l'aider à relâcher l'emprise
considérable de sa musculature respiratoire,
à se détendre à tous les
niveaux, physique et psychique et à s'unifier,
Rollande commence à émettre des
sons clairement audibles. Après avoir
consulté de nombreux spécialistes,
elle avait décidé de poursuivre
la démarche dans laquelle elle ne croyait
pas nécessairement au départ,
faute de trouver quelqu'un d'autre que moi qui
croyait qu'il était possible pour elle
de retrouver la voix. Dès l'instant ou
des progrès, même minimes, sont
apparus, Rollande, de son propre aveu, avait
mis en marche un mouvement intérieur,
une force insoupçonnée qui la
guidait maintenant dans son cheminement. Elle
devenait capable de quitter même momentanément
les harmoniques graves dans lesquelles sa voix
était emprisonnée pour s'échapper
vers le médium et l'aigu dans un geste
vocal de plus en plus libre. Il lui est maintenant
possible d'explorer librement tous les niveaux
de sa tessiture vocale sans craindre de rester
coincée. Le cou, le dos, les épaules,
la cage thoracique se détendent graduellement
pour laisser le ventre prendre le relais d'un
souffle plus bas, plus profond, plus appuyé.
Une
jeune chanteuse professionnelle, en début
de carrière prometteuse, manifeste le
désir d'aborder ce travail pour satisfaire
à un appel intérieur de justesse,
de rapprochement entre elle et sa voix. Depuis
trois ans déjà qu'elle travaille
intensivement en individuel, en stages, en classe
de chant et en petits groupes, elle est passée
d'une voix d'enfant à une voix adulte
sans affectation mais dans l'amplitude et la
maturité de son âge réel.
Tout au long de sa démarche et ce, dès
le début, elle sentait grandir en elle
la force de ce mouvement intérieur qui
était et est devenue sa principale source
de motivation à toutes les étapes
de son cheminement. Le guide est passé
de l'appréciation des autres à
celle de sa propre satisfaction qui, soit dit
en passant , est confirmée par ses auditeurs
qui reconnaissent l'authenticité de la
voix et bien entendu de la personne.
Que
nous enseignent ces personnes. Quelle que soit
leur situation, chacune d'elle répond
à l'appel d'une dimension intérieure
plus profonde, plus dense, plus habitée.
Dès le moment où, à l'aide
du travail Souffle-Son, le mouvement intérieur
s'amorce, s'amplifie, une force et une direction
claires se manifestent et montrent le chemin
de façon non équivoque.
Il
est notable, toutefois, que la mise en marche
de ce mouvement intérieur, engendre un
véritable élan physiologique.
C'est le souffle profond qui devient le soufflet
de forge alimentant la flamme parfois vacillante
de la vie. La voix devient alors le témoin
manifeste de cette renaissance, moyen d'expression
privilégié. Nous pouvons alors
aspirer à la mort symbolique du souffle
désuet de l'ancienne personne qui peut
disparaître au profit de la naissance
de l'être unifié, vivant, vertical
et sonore. Le vide intérieur, souvent
évoqué, représente alors
l'espace nécessaire à l'inspiration
du souffle initial, celui de la naissance. Eveiller,
animer et maintenir la vitalité du mouvement
intérieur à l'aide du souffle
vital pour arriver à la voix toujours
plus juste et plus en harmonie avec son instrument,
la personne.
Ainsi
chacun à notre façon, nous offrons
l'occasion, à partir de notre désir
de mieux-être physiologique et psychique,
de mettre en route dans un geste qui semble
imperceptible parce qu'intérieur mais
tout de même initial et indispensable
: le mouvement intérieur, source de vie.
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Murielle
Matteau
Professeur de voix et de chant |
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Article
no 4 de la revue « Chanter » de l'Alliance
des Chorales du Québec
La reconstruction par le
chant (Mars 2001) |
En
abordant le dernier et quatrième article
de cette série sur la voix et plus particulièrement
sur cette méthode singulière d'enseignement
de la voix, j'aimerais élaborer sur la
reconstruction, cet aspect indispensable et
indissociable du travail de la voix. Pourquoi
en effet tout ce travail sinon pour reconstruire
sa voix, son corps, sa verticalité et
par le fait même se reconstruire globalement.
Comment,
en effet, ces éléments peuvent-ils
être aussi intimement liés ? Si
nous remontons le cours de notre histoire vocale,
par quoi commençons-nous ? Si nous observons
le nouveau-né au moment même de
la naissance, le premier élément
le reliant directement à la vie est le
souffle ; nous parlons ici de ce qui le fait
passer de la vie ombilicale liée à
la mère à sa vie propre, autonome.
C'est dans ce travail avec le souffle et subséquemment
avec la voix qu'une véritable reconstruction
devient possible. La respiration, qui se branche
sur ce souffle (le respiratoire profond), devient
alors la marche à suivre pour assurer
l'autonomie pulmonaire et vitale de l'enfant
à long terme (la mécanique respiratoire).La
soufflerie ainsi établie permet d'accéder
aux autres étapes de l'initiation à
la vie. Avant même de pouvoir parler,
le nouveau-né entendra en lui (le son
fondamental) un son qui lui est propre et qui
correspond à sa nature profonde. C'est
à partir de là que, conjointement
à ce son fondamental, l'ensemble de ce
qu'il est, âme, corps, esprit, se mettra
à vibrer. Cette vibration donnera alors
naissance aux premiers sons qui émanent
bien d'avantage de son for intérieur
que du résultat de l'imitation de sons
extérieurs.
Notre
petite fille de 1 an émet ainsi des "
ô " depuis déjà quelques
temps qui semblent visiblement le reflet de
son paysage intérieur. L'expression du
visage, la forme de la bouche et des lèvres,
les circonstances qui témoignent des
ces " ô ", semblent toutes résulter
d'une harmonie personnelle, d'une conversation
intérieure. En fait ce " ô
" provenant de la vibration devient de
ce fait la voix ; première manifestation
langagière mais qui semble cependant
destiné à elle-même plutôt
qu'à son entourage. Par ailleurs, elle
a presque simultanément commencé
à utiliser des sons particuliers correspondants
à des notes de la gamme. En fait sa voix
chantée, par analogie, en arrive à
correspondre à des mots du langage courant
comme maman ou papa. Nous en arrivons donc au
mot, au langage…à la voie parlée
qui, en réalité est une codification
particulière de sons chantés auxquels
nous accordons une signification. C'est à
partir de ce processus à la fois naturel
et relativement complexe que le travail sur
la voix est élaboré. En effet,
nous croyons que pour arriver à reconstruire,
voire corriger certaines problématiques
de la voix parlée, nous devons passer
par la voix chantée. Nous respectons
ainsi le schéma d'apprentissage premier
du langage de l'enfant.
Comment
procédons-nous ?
Dans
les articles précédents nous avons
établi l'importance du souffle comme
base indispensable de notre démarche.
Si nous reprenons le schéma élaboré
plus haut (souffle, respiratoire profond, son
fondamental, vibration, voix, voix chantée,
voix parlée), il apparaît clairement
que la redécouverte de notre souffle
sert de base méditative à l'amorce
d'une action juste par l'intermédiaire
de la voix. Après des exercices de respiration
visant à chaque fois à alimenter
plus profondément la base, la force,
l'ampleur de notre système respiratoire,
nous proposons des exercices de chant en progression
de demi-tons du grave à l'aigu. Le grave
aide à assurer simultanément avec
le corps une voix qui a une base, une assise,
des racines aussi pour nous garantir la stabilité,
la relation à la terre qui nous porte.
L'aigu, pour sa part, contribue à nous
aider à nous verticaliser, faisant, de
nous des hommes debout. De la terre, qui nous
porte et nous soutient, nous tendons vers le
cosmos, la voix faisant de nous des antennes
vibrantes, des sujets communiquants. Par le
travail, l'homme trouve le milieu, l'harmonisation
entre les deux pôles. En exerçant
la voix sur toute son étendue, le travail
vise à harmoniser et ultimement à
recréer une voix parlée (relation
juste entre le souffle et le son) de façon
à ce qu'elle reconstruise l'individu.
Nous
avons vu, dans les articles précédents,
comment certaines personnes utilisaient leur
voix chantée ou parlée à
leur désavantage ; alimentant certains
blocages, certaines tensions sans même
s'en rendre compte. Si par ce travail de la
voix, la personne accepte la destructuration
de ces tensions et blocages et leur remplacement
par un système harmonisé correspondant
à son schéma, elle s'offre la
possibilité d'une restructuration. C'est
la voix qui devient alors le guide en même
temps que le maître d'œuvre de cette
reconstruction à tous les niveaux de
l'être humain : corps, âme, esprit.
Plus il avance dans le travail, plus l'élève
est capable d'évaluer dans quelle mesure
il vivait dans le paraître. En effet,
la voix que la plupart d'entre nous, nous sommes
fabriquée correspond habituellement à
un modèle extérieur qui n'a rien
à voir avec l'individu tel qu'il est.
L'être, par opposition au paraître,
devient alors un objectif rassurant, un chemin
intérieur, une façon de se rapprocher
de soi. Cette démarche vers le centre,
le noyau essentiel de ce que nous sommes véritablement,
met en évidence tout ce que nous avons
ajouté pour nous en éloigner.
Le
plaisir de la démarche devient alors
la découverte, le cheminement sur la
route, une direction toujours à renouveler.
Le travail que nous proposons à l'élève
devient alors une prise en charge de sa vitalité
et de son autonomie. C'est par la maîtrise
des paramètres dont nous parlions plus
haut qu'étape par étape l'élève
progresse sur le chemin intérieur pour
son plus grand plaisir en se libérant
peu à peu des contraintes de l'esthétique.
L'attitude
aussi évoquée dans les articles
précédents doit bien entendu,
animer l'ensemble de ces activités d'enseignement.
L'élève bénéficie
alors d'un espace exceptionnel d'ouverture dans
lequel il n'est pas jugé et où
il peut chercher et trouver sa voix en dehors
des critères de performance. L'élève,
de plus, sera invité à s'offrir
à lui-même cette attitude d'acceptation
inconditionnelle accélérant ainsi
sa progression dans le cadre de la méthode.
La reconstruction évolue alors dans le
contexte d'un élan vers un mieux-être
global : corps, âme, esprit, plutôt
qu'à partir de contraintes extérieures
étrangères à l'individu.
Notre
expérience nous enseigne que l'association
de la logique rationnelle et de la bienveillance
de l'attitude que constitue cette méthode,
sont des conditions indéniablement facilitantes
de reconstruction de la voix et conséquemment
de l'individu tout entier.
Murielle Matteau
Professeur de voix et de chant |
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