| |
Documents
papier |
|
Documents
vidéo |
|

|
|

Radio-Canada
Ma vie en main
septembre 2006
|
TVA
Deux filles le matin
février 2003 |
| CLIQUER
LES ARTICLES POUR AGRANDISSEMENT |
|
|
Article
de la Revue « chanter »
de
l'Alliance des Chorales du Québec |
|
|
|
|
Le
Devoir 2006 |
Guide
ressources 2005
|
|
 |
Article
no 1 de la revue « Chanter » de
l'Alliance des Chorales du Québec
Souffle, Son, Vibration
(Printemps 2000) |
| Tels
sont en effet les paramètres selon
lesquels je travaille et qui me guident sur
le chemin d'une démarche individuelle,
professionnelle et vocale toujours plus consciente
et plus profonde. J'ai, de plus, le privilège
d'enseigner à un nombre croissant d'individus
qui pour des raisons personnelles et professionnelles
choisissent ce mode singulier d'apprentissage.
Leur évolution constante et concrète
m'a incitée à chercher à
toujours mieux comprendre et maîtriser
pour moi et dans cet enseignement la nature
véritable de la voix telle que véhiculée
par chacun.
Commençons
par le début.
Qu'est-ce
qui fait que le souffle, universel dans sa
nature, puisse se manifester de façons
aussi diverses et disparates dans chaque être
humain ? Quel rapport y a-t-il entre le souffle
et la respiration ?
Loin
de prétendre ici à une explication
exhaustive en réponse à ces
questions, j'aimerais tout de même explorer
avec vous quelques points saillants de mes
recherches de plusieurs années. Nous
sommes tous tributaires du souffle et pourtant
chacun de nous s'en sert de façon si
diverse que respirer devient presqu'aussi
varié qu'il y a d'êtres humains
sur terre.
Chacun,
en effet, selon ses expériences de
vie, depuis les traumatismes de naissance
ou autres " accidents " de parcours
bloque le souffle à divers endroits
dans le corps, pour se protéger, sans
même y penser au moment de l'événement.
Je constate toutefois qu'à chaque personne
ce blocage engendre un ensemble de difficultés
qui éventuellement guide les gens vers
cette démarche d'ordre " initiatique
" (dans le sens de revenir au début,
à la source).
Dans
un premier temps, mon travail consiste à
les aider à faire basculer intérieurement
cette énergie-souffle logée
dans le haut du schéma corporel vers
le centre, dans le ventre.Bien qu'éprouvante
et parfois même douloureuse, l'expérience
physiologique de cette masse énergétique
qui se " décroche " par usure
et fatigue des tensions musculaires et vient
se loger dans le centre, provoque une sensation
de bien-être que tous se réjouissent
d'avoir expérimenté.
Je
citerai volontiers Bernard Besret qui fait
écho aux paroles de K. Dürkheim
; " nous sommes de plus en plus nombreux
à passer de l'expérience du
corps que l'on a, que l'on possède
comme une chose et que l'on traite comme un
objet, à la perception du corps que
l'on est, et que l'on peut devenir toujours
plus , jusqu'à la plénitude
d'un être transfiguré par le
souffle qui l'habite. " " Glissement
subtil pour chacun d'entre nous dans la perception
qu'il a de soi et qui aboutit à la
conscience de l'unité profonde de l'être
humain. Ce parcours, une fois accompli, est
irréversible. "
Telle
mon empreinte digitale, ma voix est personnelle,
unique, identifiable. Elle est à la
fois le symptôme et l'instrument de
mon évolution intérieure.Ma
voix est un merveilleux miroir de ce que je
suis dans le moment présent, de ce
que j'aurais pu être, et de ce que je
peux devenir ! Outil unique qui ne peut tromper
personne.
Par
le biais de ma voix, je peux ré-écrire
mon histoire, en observant l'accumulation
des tensions à travers mes actions
et je peux, en usant ce monde de tensions,
ouvrir la porte à une nouvelle soufflerie.
Nous sommes souvent éduqués
dans l'anxiété, ce qui amène
beaucoup de tensions au niveau dorsal, cervical
et mental. La prise de conscience de ce mode
de fonctionnement peut me donner le goût
et le désir de changer.
Si
c'est ce que je choisis, je dois d'abord retrouver
mes fondations, remettre mon " centre
", mon hara sur mes jambes, pour ensuite
retrouver ma verticalité.
|
| Murielle
Matteau
Professeur de voix et de chant
Référence
: Bernard Besret « Manifeste pour une
renaissance » |
|
|
 |
Article
no 2 de la revue « Chanter » de
l'Alliance des Chorales du Québec
Souffle-Son
: la pratique (Automne 2000)
|
Après
ses études à l'Université
Laval, où elle obtient un diplôme
en pédagogie musicale, Murielle Matteau
poursuit à Montréal ses études
en musique, en voix et chant et en art dramatique
avec des professeurs de réputation
internationale.
Elle dirige l'Ensemble vocal Musica Viva de
1974 à 1979 et des chorales d'enfants.
Elle est soliste lors de la création
de la Petite suite québécoise
deMarie Bernard (1979) et instructeur national
du Mouvement choral canadien (1974-1984).
Elle chante à l'Opérette les
rôles de Germaine (Cloches de Corneville
de R. Planquette), de Zénobie (Ciboulette
de R. Hahn) et de Zita (Chanson gitane, M.
Yvain) ; elle est membre du Chœur de
l'Opéra de Montréal de 1986
à 1997 et du Chœur professionnel
de l'OSM de1995 à 1998.
Murielle Matteau poursuit sa carrière
de soliste et est professeur de voix et de
chant. Elle anime des stages d'expression
et de voix au Canada et aux États-Unis.
Lors
de la dernière parution de la revue
Chanter, Avril 2000, l'article intitulé
" Souffle, Son, Vibration ", le
premier d'une série de quatre, signé
Murielle Matteau, vous offrait l'occasion
d'une introduction à mon expérience
singulière de la voix et de l'enseignement
qui en découle.
Dans ce second article j'aborderai avec vous
l'aspect humain et libérateur de l'enseignement
par son impact sur le souffle et la voix.
Louise, 50 ans, travaille pour une entreprise
et vit dans une petite ville de Nord Ouest
québécois avec son mari et ses
2 enfants. Elle fait aussi de la révision
de texte pour un écrivain de la région
où elle habite.Il y a quelques années
elle est impliquée dans un accident
de la route dont elle sort vivante miraculeusement.
À cause d'une fracture du crâne
qui laisse le cerveau partiellement exposé,
elle doit porter un casque protecteur pendant
1 an et demi. Après cette période,
bien que tout à fait remise sur pied
et ayant repris le travail, Louise ressent
presqu'en permanence des douleurs musculaires
à la poitrine, aux bras et aux jambes,
et des maux de tête tels que la plupart
du temps elle doit se reposer quelques heures
voire même plusieurs jours de suite.
Sa voix de relativement aiguë et tendue
qu'elle était avant l'accident est
devenue occasionnellement stridente et son
débit rapide et saccadé reflète
une tension intérieure épuisante.
Lorsque je lui parle du travail Souffle-Son,
sans s'attarder au pourquoi et au comment,
elle s'engage dans quelques séances
individuelles et par la suite dans 3 stages
à 6 mois d'intervalle entre chacun.
À l'aide d'exercices précis
de respiration, d'étirement adaptés
à elle et favorisant une bascule intérieure
vers un souffle profond et une structure corporelle
plus détendue, Louise constate alors
jusqu'à quel point elle ne respirait
pas. En fait son corps n'était que
nœuds et tensions.
Ses premières séances sont une
occasion pour elle de reprendre espoir dans
sa capacité de retrouver un bien-être
qu'elle ne croyait plus possible. Bien qu'éprouvante
physiquement, chaque séance lui procure
un tel bienfait de détente musculaire
et psychique qu'elle devient bientôt
par elle-même une pratiquante quotidienne
des exercices que je lui propose.
Déjà, lorsque nous voyons Louise
arriver à son 2e stage, elle est presque
méconnaissable tant son visage est
décontracté et sa voix, qui
se pose un peu plus bas a un débit
incomparablement plus calme. Elle nous fait
part alors des commentaires de ses proches
qui même s'ils la voient tous les jours
constatent avec bonheur les changements chez
Louise.
Robert
" travaille " son chant depuis des
années avec divers professeurs. Bien
qu'amoureux de la voix et bon musicien, il
a perdu le plaisir qui l'animait. Il entreprend
à chaque fois qu'il chante un long
parcours à obstacles dont il sort découragé,
amoindri. Robert est affligé d'un problème
structurel de la cage thoracique engendré
par l'asthme et éprouve des tensions
extrêmes au niveau des vertèbres
cervicales.
Lorsqu'il
entreprend le travail Souffle-Son avec moi,
dès les premiers cours, une évidence
se fait jour. Robert chante ténor depuis
des années au prix d'efforts considérables
qui alimentent des tensions physiques et psychiques.
La cage thoracique est congestionnée,
la respiration courte et très haute
dans le corps, le son est étriqué
;en somme sa voix, telle qu'il s'en sert,
lui fait mal.
Pour
l'aider, je lui propose des exercices qui
solidifient la base de son schéma corporel
: les jambes et le bassin. Puis graduellement
d'autres qui lui permettent d'ouvrir la cage
thoracique et de dégager les vertèbres
cervicales. Cela, bien entendu, se fait dans
le plus grand respect de son intégrité
physique tout en étant très
exigeant physiologiquement. Il chante plus
grave et son répertoire doit être
choisi en fonction de cet instrument redécouvert.
Il devra s'appliquer désormais à
amplifier un souffle profond et accepter d'entendre
et de développer une voix plus grave.
Le travail très physique de libération
du Souffle et des tensions est à la
fois très éprouvant et très
joyeux. À chaque leçon Robert
redécouvre le plaisir de chanter avec
l'assurance qu'il est maintenant sur la bonne
voie…voix. Non seulement son répertoire
change, mais son corps et son souffle se libèrent
au profit d'une assurance et d'un plaisir
toujours renouvelés.
Les épisodes-asthme se font de plus
en plus rares et il a acquis une telle maîtrise
de son souffle intégré à
sa globalité physique et psychique
que lorsqu'ils se produisent à l'occasion
il n'en éprouve aucune inquiétude
et retrouve naturellement une respiration
plus calme.
Que
nous apprennent Louise et Robert ?
Sans
tenter une énumération exhaustive
des multiples aspects et diverses applications
de cette approche à la fois simple
et profonde, voici quelques réflexions
que nous inspirent les expériences
qu'ont vécu ces deux personnes.
" Détends-toi " : Intimer
à Louise, pendant un épisode
de maux de tête ou à Robert alors
qu'il interprétait un air de se détendre
ne pouvait avoir aucun sens pour eux. Des
mots dont la réalité physiologique
ne pouvait que leur échapper. Il leur
était indispensable par le biais du
regard et de l'écoute acceptante d'un
praticien expérimenté de la
méthode Souffle-Son de faire l'expérience
de la détente. À l'aide de l'outil
que constitue un ensemble d'exercices à
la mesure de chaque individu le corps et le
souffle sont mis en situation de découvrir
la détente par eux-mêmes.
La
tension… source de détente. Ce
qui semble paradoxal naît en fait de
l'évidence. L'individu est guidé
dans le sens de ses tensions exacerbées
pour que, par l'épreuve de l'exercice
le corps et le souffle prennent le relais
lorsque l'ancien système de tension
relâche son emprise, à bout de
force. Le souffle peut alors basculer intérieurement
et permettre au corps d'expérimenter
un juste tonus, celui qu'il n'aurait jamais
dû quitter. Un nouveau chemin se présente
alors au pratiquant.
La voix témoin ; La voix de chacun,
témoin ultime et infaillible indique
au pratiquant et à l'accompagnateur
ce qui se passe. Ce qui fait la force et la
justesse de ce travail c'est la voix sur le
chemin de la reconstruction et de l'harmonisation
en accord avec l'ensemble de la personne.
Redécouvrir le corps source de soutien
dans l'assurance d'un bien-être toujours
grandissant. Se redonner espoir et confiance
quelque soit la situation que nous vivons.
|
| Murielle
Matteau |
|
|
 |
Article
no 3 de la revue « Chanter » de
l'Alliance des Chorales du Québec
L'éveil du mouvement
intérieur (Noël 2000) |
Dans
les articles précédents (Souffle,
Son, Vibration et Souffle-Son : la pratique),
nous avons abordé le travail de la
voix par le biais de sa description et de
ses multiples applications tangibles, perceptibles
entre autres dans ses manifestations extérieures.
Nous aborderons, dans ce troisième
article, un aspect rarement touché
lorsqu'il est question de la voix et qui néanmoins
nous apparaît fondamental : Le mouvement
intérieur. Certains diront peut-être
qu'intangible cette dimension du Souffle et
de la voix leur semble sans grand intérêt.
D'autre affirment que cette dimension est
sous-entendue dans tout le travail de la voix
et qu'il est donc inutile d'en parler. Pour
ma part, l'expérience de la méthode
Option-Voix me permet de percevoir dans ce
mouvement intérieur, l'essence même
de toute notre démarche ; celle qui
alimentera les dimensions plus visibles du
travail.
Jacques,
un jeune retraité de l'enseignement
universitaire de haut niveau a commencé
le travail de la voix avec moi il y a deux
ans. Pianiste amateur et chanteur à
l'occasion, il désirait à l'époque
retrouver par la voix un mode d'expression
plus profond, plus près de lui-même,
plus authentique. Bien qu'habile à
lire une partition musicale et tout à
fait capable de chanter des airs populaire,
folklorique ou classique, il n'arrivait pas
à chanter juste (i.e. sur la note).
Même avec un accompagnement musical,
il fléchissait tout au long de l'air
et terminait un ou deux tons plus bas qu'au
départ. À l'aide d'exercices
précis, dans le cadre du travail individuel
régulier et des stages auxquels il
a participé, j'ai compris la dynamique
de Jacques. Le corps était comme un
accordéon replié, ne permettant
pas à l'air de circuler librement et
ainsi de soutenir la ligne musicale. Il fallait
alors l'aider à se déplier,
retrouver une tension juste et habiter l'espace
ainsi découvert par un souffle vivant
et soutenu. Se prenant lui-même au jeu
de cette recherche intérieure, son
désir de justesse grandissait au fur
et à mesure de son évolution
dans le travail. D'une pièce musicale
à l'autre, il en est venu à
chanter tout un air " juste " sur
la note et dans un rapport juste à
lui-même, et à comprendre comment
y arriver si le corps se repliait. Il est
apparu évident que s'est amorcée
en lui un mouvement intérieur d'action
relié à son souffle qui, dans
ce cas, s'exprimait par le chant et qu'il
a compris comment le maintenir vivant tout
au long d'un air ; et éventuellement
dans d'autres circonstances de sa vie. L'autonomie
était née.
Il
y a six mois, une élève vivant
de grosses difficultés d'émissions
vocales, m'est référée
par un autre élève. Grâce
à des exercices précis et rigoureux
pour l'aider à relâcher l'emprise
considérable de sa musculature respiratoire,
à se détendre à tous
les niveaux, physique et psychique et à
s'unifier, Rollande commence à émettre
des sons clairement audibles. Après
avoir consulté de nombreux spécialistes,
elle avait décidé de poursuivre
la démarche dans laquelle elle ne croyait
pas nécessairement au départ,
faute de trouver quelqu'un d'autre que moi
qui croyait qu'il était possible pour
elle de retrouver la voix. Dès l'instant
ou des progrès, même minimes,
sont apparus, Rollande, de son propre aveu,
avait mis en marche un mouvement intérieur,
une force insoupçonnée qui la
guidait maintenant dans son cheminement. Elle
devenait capable de quitter même momentanément
les harmoniques graves dans lesquelles sa
voix était emprisonnée pour
s'échapper vers le médium et
l'aigu dans un geste vocal de plus en plus
libre. Il lui est maintenant possible d'explorer
librement tous les niveaux de sa tessiture
vocale sans craindre de rester coincée.
Le cou, le dos, les épaules, la cage
thoracique se détendent graduellement
pour laisser le ventre prendre le relais d'un
souffle plus bas, plus profond, plus appuyé.
Une
jeune chanteuse professionnelle, en début
de carrière prometteuse, manifeste
le désir d'aborder ce travail pour
satisfaire à un appel intérieur
de justesse, de rapprochement entre elle et
sa voix. Depuis trois ans déjà
qu'elle travaille intensivement en individuel,
en stages, en classe de chant et en petits
groupes, elle est passée d'une voix
d'enfant à une voix adulte sans affectation
mais dans l'amplitude et la maturité
de son âge réel. Tout au long
de sa démarche et ce, dès le
début, elle sentait grandir en elle
la force de ce mouvement intérieur
qui était et est devenue sa principale
source de motivation à toutes les étapes
de son cheminement. Le guide est passé
de l'appréciation des autres à
celle de sa propre satisfaction qui, soit
dit en passant , est confirmée par
ses auditeurs qui reconnaissent l'authenticité
de la voix et bien entendu de la personne.
Que
nous enseignent ces personnes. Quelle que
soit leur situation, chacune d'elle répond
à l'appel d'une dimension intérieure
plus profonde, plus dense, plus habitée.
Dès le moment où, à l'aide
du travail Souffle-Son, le mouvement intérieur
s'amorce, s'amplifie, une force et une direction
claires se manifestent et montrent le chemin
de façon non équivoque.
Il
est notable, toutefois, que la mise en marche
de ce mouvement intérieur, engendre
un véritable élan physiologique.
C'est le souffle profond qui devient le soufflet
de forge alimentant la flamme parfois vacillante
de la vie. La voix devient alors le témoin
manifeste de cette renaissance, moyen d'expression
privilégié. Nous pouvons alors
aspirer à la mort symbolique du souffle
désuet de l'ancienne personne qui peut
disparaître au profit de la naissance
de l'être unifié, vivant, vertical
et sonore. Le vide intérieur, souvent
évoqué, représente alors
l'espace nécessaire à l'inspiration
du souffle initial, celui de la naissance.
Eveiller, animer et maintenir la vitalité
du mouvement intérieur à l'aide
du souffle vital pour arriver à la
voix toujours plus juste et plus en harmonie
avec son instrument, la personne.
Ainsi
chacun à notre façon, nous offrons
l'occasion, à partir de notre désir
de mieux-être physiologique et psychique,
de mettre en route dans un geste qui semble
imperceptible parce qu'intérieur mais
tout de même initial et indispensable
: le mouvement intérieur, source de
vie.
|
Murielle
Matteau
Professeur de voix et de chant |
|
|
 |
Article
no 4 de la revue « Chanter » de
l'Alliance des Chorales du Québec
La reconstruction par
le chant (Mars 2001) |
En
abordant le dernier et quatrième article
de cette série sur la voix et plus
particulièrement sur cette méthode
singulière d'enseignement de la voix,
j'aimerais élaborer sur la reconstruction,
cet aspect indispensable et indissociable
du travail de la voix. Pourquoi en effet tout
ce travail sinon pour reconstruire sa voix,
son corps, sa verticalité et par le
fait même se reconstruire globalement.
Comment,
en effet, ces éléments peuvent-ils
être aussi intimement liés ?
Si nous remontons le cours de notre histoire
vocale, par quoi commençons-nous ?
Si nous observons le nouveau-né au
moment même de la naissance, le premier
élément le reliant directement
à la vie est le souffle ; nous parlons
ici de ce qui le fait passer de la vie ombilicale
liée à la mère à
sa vie propre, autonome. C'est dans ce travail
avec le souffle et subséquemment avec
la voix qu'une véritable reconstruction
devient possible. La respiration, qui se branche
sur ce souffle (le respiratoire profond),
devient alors la marche à suivre pour
assurer l'autonomie pulmonaire et vitale de
l'enfant à long terme (la mécanique
respiratoire).La soufflerie ainsi établie
permet d'accéder aux autres étapes
de l'initiation à la vie. Avant même
de pouvoir parler, le nouveau-né entendra
en lui (le son fondamental) un son qui lui
est propre et qui correspond à sa nature
profonde. C'est à partir de là
que, conjointement à ce son fondamental,
l'ensemble de ce qu'il est, âme, corps,
esprit, se mettra à vibrer. Cette vibration
donnera alors naissance aux premiers sons
qui émanent bien d'avantage de son
for intérieur que du résultat
de l'imitation de sons extérieurs.
Notre
petite fille de 1 an émet ainsi des
" ô " depuis déjà
quelques temps qui semblent visiblement le
reflet de son paysage intérieur. L'expression
du visage, la forme de la bouche et des lèvres,
les circonstances qui témoignent des
ces " ô ", semblent toutes
résulter d'une harmonie personnelle,
d'une conversation intérieure. En fait
ce " ô " provenant de la vibration
devient de ce fait la voix ; première
manifestation langagière mais qui semble
cependant destiné à elle-même
plutôt qu'à son entourage. Par
ailleurs, elle a presque simultanément
commencé à utiliser des sons
particuliers correspondants à des notes
de la gamme. En fait sa voix chantée,
par analogie, en arrive à correspondre
à des mots du langage courant comme
maman ou papa. Nous en arrivons donc au mot,
au langage…à la voie parlée
qui, en réalité est une codification
particulière de sons chantés
auxquels nous accordons une signification.
C'est à partir de ce processus à
la fois naturel et relativement complexe que
le travail sur la voix est élaboré.
En effet, nous croyons que pour arriver à
reconstruire, voire corriger certaines problématiques
de la voix parlée, nous devons passer
par la voix chantée. Nous respectons
ainsi le schéma d'apprentissage premier
du langage de l'enfant.
Comment
procédons-nous ?
Dans
les articles précédents nous
avons établi l'importance du souffle
comme base indispensable de notre démarche.
Si nous reprenons le schéma élaboré
plus haut (souffle, respiratoire profond,
son fondamental, vibration, voix, voix chantée,
voix parlée), il apparaît clairement
que la redécouverte de notre souffle
sert de base méditative à l'amorce
d'une action juste par l'intermédiaire
de la voix. Après des exercices de
respiration visant à chaque fois à
alimenter plus profondément la base,
la force, l'ampleur de notre système
respiratoire, nous proposons des exercices
de chant en progression de demi-tons du grave
à l'aigu. Le grave aide à assurer
simultanément avec le corps une voix
qui a une base, une assise, des racines aussi
pour nous garantir la stabilité, la
relation à la terre qui nous porte.
L'aigu, pour sa part, contribue à nous
aider à nous verticaliser, faisant,
de nous des hommes debout. De la terre, qui
nous porte et nous soutient, nous tendons
vers le cosmos, la voix faisant de nous des
antennes vibrantes, des sujets communiquants.
Par le travail, l'homme trouve le milieu,
l'harmonisation entre les deux pôles.
En exerçant la voix sur toute son étendue,
le travail vise à harmoniser et ultimement
à recréer une voix parlée
(relation juste entre le souffle et le son)
de façon à ce qu'elle reconstruise
l'individu.
Nous
avons vu, dans les articles précédents,
comment certaines personnes utilisaient leur
voix chantée ou parlée à
leur désavantage ; alimentant certains
blocages, certaines tensions sans même
s'en rendre compte. Si par ce travail de la
voix, la personne accepte la destructuration
de ces tensions et blocages et leur remplacement
par un système harmonisé correspondant
à son schéma, elle s'offre la
possibilité d'une restructuration.
C'est la voix qui devient alors le guide en
même temps que le maître d'œuvre
de cette reconstruction à tous les
niveaux de l'être humain : corps, âme,
esprit. Plus il avance dans le travail, plus
l'élève est capable d'évaluer
dans quelle mesure il vivait dans le paraître.
En effet, la voix que la plupart d'entre nous,
nous sommes fabriquée correspond habituellement
à un modèle extérieur
qui n'a rien à voir avec l'individu
tel qu'il est. L'être, par opposition
au paraître, devient alors un objectif
rassurant, un chemin intérieur, une
façon de se rapprocher de soi. Cette
démarche vers le centre, le noyau essentiel
de ce que nous sommes véritablement,
met en évidence tout ce que nous avons
ajouté pour nous en éloigner.
Le
plaisir de la démarche devient alors
la découverte, le cheminement sur la
route, une direction toujours à renouveler.
Le travail que nous proposons à l'élève
devient alors une prise en charge de sa vitalité
et de son autonomie. C'est par la maîtrise
des paramètres dont nous parlions plus
haut qu'étape par étape l'élève
progresse sur le chemin intérieur pour
son plus grand plaisir en se libérant
peu à peu des contraintes de l'esthétique.
L'attitude
aussi évoquée dans les articles
précédents doit bien entendu,
animer l'ensemble de ces activités
d'enseignement. L'élève bénéficie
alors d'un espace exceptionnel d'ouverture
dans lequel il n'est pas jugé et où
il peut chercher et trouver sa voix en dehors
des critères de performance. L'élève,
de plus, sera invité à s'offrir
à lui-même cette attitude d'acceptation
inconditionnelle accélérant
ainsi sa progression dans le cadre de la méthode.
La reconstruction évolue alors dans
le contexte d'un élan vers un mieux-être
global : corps, âme, esprit, plutôt
qu'à partir de contraintes extérieures
étrangères à l'individu.
Notre
expérience nous enseigne que l'association
de la logique rationnelle et de la bienveillance
de l'attitude que constitue cette méthode,
sont des conditions indéniablement
facilitantes de reconstruction de la voix
et conséquemment de l'individu tout
entier.
Murielle Matteau
Professeur de voix et de chant |
|
|
|